Parce que je sais écrire, m'a dit l'homme.
Alors il s'était installé avec son bloc-note à l'assemblée annuelle des anciens combattants et avait rédigé un article pour la Nouvelle République. Et puis, voyant que la Nouvelle République ne le publiait pas il avait téléphoné au correspondant local d'alors, qui lui avait conseillé d'écrire au grand patron à Tours. Et là non plus, pas de réponse.
Il veut des explications et c'est pourquoi il vient me voir. J'entends son pas lourd qui monte l'escalier de bois. Je le fais entrer dans le salon. Il baisse la tête pendant de si longues périodes que j'ai le sentiment d'être pris à parti par une casquette. Il fume une cigarette jaune, cherche longuement la première phrase de la lettre qu'il a écrit au patron du journal. Il veut la citer précisément mais il n'y arrive pas.
Il a fait son service militaire en 56-7. Quelle guerre, me dis-je, a fait cet homme? Puis Jojo arrive avec ses enfants, sa copine et Ilouchka, la hongroise brésilienne. Je fais passer l'homme dans le bureau. Cet homme frustré d'avoir écrit pour une usine à gaz et qui omet de se demander si quelqu'un a seulement cligné des yeux devant son article. Cet homme qui se livre sans doute pieds et poings à l'interprétation du silence et de l'indifférence.
Je le connais, cet homme, ce vieil homme. Je me souviens de la devise de mon régiment, quand j'étais militaire, à Landau, en Allemagne. Un régiment de transmission. Ne crains que le silence, rien d'autre (Rien ne crains que le silence).
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||